Rétroactes et ambition Convertir en PDF Version imprimable Suggérer par mail

La cathédrale de Tournai est sans nul doute un édifice majeur au point de vue architectural  dans le paysage belge. La vieille dame a d’ailleurs le privilège de figurer sur la liste du Patrimoine Mondial de l’Humanité de l’UNECO (depuis novembre 2000). La richesse de son architecture, de ses décors ainsi que des œuvres d’art qu’elle abrite ne peut laisser personne indifférent. De plus, les fouilles archéologiques déjà réalisées dans la cathédrale recèlent d’innombrables secrets. Pourtant, cet exemple rare d’église romano-gothique, héritière des grands travaux médiévaux, s’est révélé instable et nécessite de grands travaux de restauration. Les archives nous prouvent d’ailleurs qu’au fil des siècles, ses différents architectes ont toujours été confrontés à des soucis de stabilité.

C’est suite à la tornade du 14 août 1999 que les stigmates les plus aigus ont été identifiés. En 2000, les premiers chantiers d’étançonnement apparaissaient dans la partie gothique de l’église. En 2001, un comité scientifique était constitué pour évaluer l’état de la cathédrale ; en juin de la même année, l’appel d’offres européen en vue de la restauration de la cathédrale s’est clôturé. Cinq mois plus tard, Vincent Brunelle était désigné auteur de projet pour restauration de la cathédrale. Architecte en chef de monuments historique, il a également été en charge de la rénovation de la cathédrale d’Amiens.

Les premiers travaux de stabilisation de la tour Brunin ont été réalisés en 2003. C’est la méthode de « Jet grouting » qui avait été retenue par l’auteur de projet. Cette partie de la cathédrale reposait sur un sous-sol jalonné de cavités, rendant l’édifice instable. L’opération a consisté à forer de longues percées, et à y injecter du béton relativement liquide sous pression. La tour Brunin repose désormais sur des bases plus solides. Les installations de monitoring, qui surveillaient chaque soubresaut de la vieille dame pendant de longs mois, ont été, depuis, démontées.


Un schéma directeur pour la cathédrale

La Région Wallonne commandera en 2005, un schéma directeur de la rénovation de l’ensemble de la cathédrale (partie romane, partie gothique, extérieur, intérieur, valorisation des bâtiments avoisinants). Vincent Brunelle, à qui fut confiée la réalisation de cette programmation, évaluera alors le chantier à 109 millions d’euros, étalés sur une période de 20 ans. Colossal !

Toutefois, ce magnifique projet ne prendrait tout son sens que s’il s’intégrait dans une perspective plus large : la revitalisation de l’ensemble du quartier cathédral. Cet écrin devait être à la mesure de l’édifice, et inversément, pour contribuer au redéploiement commercial et touristique de la Ville (-25% de fréquentation touristique sur les dernières années). Tournai se devait d’arborer un visage plus touristique, mieux intégré, plus durable, plus respectueux, plus convivial mais aussi plus européen !

Une vision gobale

C’est donc dans cette optique que l'Agence intercommunale IDETA a identifié le besoin de développer un programme d'aménagements urbains cohérents à proximité de l'édifice en voie de restauration. Une étude de a été confiée au programmiste Marc Aubry qui y a ainsi délimité, identifié, confirmé les lieux où des aménagements étaient nécessaires, des fonctions indispensables à insérer dans le quartier.
 
Son projet regroupait les différents objectifs :

1. Lancer une nouvelle dynamique dans le cœur de ville par :

  • Le marquage du quartier par différents projets : requalification des espaces extérieurs, plan de lumière, la rénovation des façades dégradées,…
  • Le développement de nouvelles fonctions : accueil touristique, création d’un hôtel 4 étoiles, …
  • La stimulation du potentiel artistique : programmation culturelle innovante favorisant l’animation du quartier cathédrale.
  • La restructuration du tissu commercial et économique : artisanat et commerces culturels, activités économiques,…


2. Affirmer et hiérarchiser les différents axes urbains en fonctions de leur rôle ;

3. Regrouper les opportunités touristiques en des lieux pertinents tant au point de vue thématique (musées) que touristique et fonctionnel (structure d’accueil tourisme…) ;

4. Reconquérir les immeubles inoccupés pour les réaffecter en ensemble urbain de qualité accessible à tous ;

5. Engager des opérations de partenariat public-privé en vue de la revitalisation urbaine du quartier Palace ;

6. Assurer un lien attractif entre la Grand Place et l’Escaut ;

7. Ne pas subir les travaux de la cathédrale en :

  • Organisant la mise en tourisme du chantier cathédrale.
  • Permettant des vues internes sur les parties encore non restaurées et inaccessibles durant quelques années.
  • Valorisant les fouilles effectuées.
  • Permettant l’accès à des espaces internes tels que la tribune de la nef.
  • Resserrant les flux urbains autour de la cathédrale (Place de l’Évêché & P.E. Janson) : inscrire l’espace dit du « Quadrilatère » dans le dispositif de maillage urbain.

Le portefeuille de projets

Les différents projets de revitalisation du cœur de ville ainsi que la rénovation de la cathédrale avaient un coût, indéniable. Plusieurs financements publics ont dès lors été sollicités auprès de la Région wallonne et du FEDER, dans le cadre du programme Convergence. Une mobilisation conjointe de la Ville de Tournai, la Fabrique d’Eglise Cathédrale, le Logis Tournaisien, la Province de Hainaut, l’Agence intercommunale de développement IDETA et la Région wallonne a permis le dépôt d’un portefeuille de 14 projets, pour un montant global de 107 millions d’euros. En mai 2008, la Task Force de la Région wallonne décidait d’approuver les projets suivants :

  • La valorisation touristique de la Cathédrale : 699.103 euros
  • La valorisation touristique du Quartier Cathédral : 25.739.232 euros
  • L’embellissement des perspectives urbaines : 2.573.923 euros
  • La structuration et la mise en marché touristique : 258.990 euros

La restauration de la Cathédrale ne figurait pas parmi les chantiers retenus par Convergence. Cependant, grâce à l'intervention de l'Agence intercommunale IDETA, la Région wallonne décidait dès lors, en juillet 2008, d’octroyer 21 millions d’euros, répartis durant 7 années, pour financer une première tranche importante de rénovation de l’édifice (partie romane, principalement).

A ces montants, il convient d’ores et déjà d’ajouter 700.000 € réservés par la Région Wallonne pour le prolongement du RAVeL vers le Pont des Trous et les investissements privés générés par les partenariats publics-privés (revitalisation de l’ancien cinéma Palace et du Courrier de l’Escaut) et par des projets privés comme celui de l’hôtel 4 étoiles ou de parkings souterrains.


Un concours, un jury, un lauréat

Sur base d'une méthodologie destinée à offrir au projet le maximum de cohérence, en faisant intevenir une seule équipe d'architectes sur tous les lieux concernés, l'Agence intercommunale IDETA a conseillé de procéder à un concours de projets. Afin de confier cette revitalisation à de véritables experts en matière d’urbanisme, d’architecture, de tourisme, de commerce et d’économie, les autorités communales tournaisiennes ont lancé ce concours à l'échelle européenne. Ce concours visait les parties approuvées du portefeuille de projets de revitalisation du cœur de ville : quartier Cathédral et quai rive gauche, à l’exception du projet d’hôtel 4 étoiles. Néanmoins, les candidats pouvaient émettre des propositions à propos de cet hôtel. Ce concours était destiné à apporter une réponse efficace, fonctionnelle et transparente pour un projet fort, portant sur un aménagement cohérent, de haute qualité architecturale et environnementale, pour revitaliser durablement le cœur historique de Tournai.
 
Un jury, composé de représentants des administrations régionales (patrimoine…) mais également d’urbanistes, d’architectes, d’acteurs commerciaux (AMCV) s’est réuni les 5 et 6 juin 2008, et ont évalué les 6 projets reçus selon quatre familles de critères :
•    l’urbanisme (25%)
•    l’architecture (25%)
•    le développement durable (20%)
•    l’attractivité (30%)
Par 8 voix pour, 1 voix contre et 1 abstention, le jury a décidé de proposer le bureau ANMA (Agence Nicolas Michelin et Associés) comme seul lauréat avec le score de 80 %.
 
Dans la motivation du jury, il est relevé notamment que « le projet permet de faire le saut qualitatif pour que Tournai prenne sa place dans l’Eurométropole transfrontalière et sur le  plan international. Des liens simples entre les différents pôles attractifs du cœur de ville sont proposés, y compris sur le plan commercial. Le projet reflète une qualité d’analyse et de proposition nettement supérieure à celle des autres projets. Les propositions du lauréat sont simples, sobres, fonctionnelles, tout en étant élégantes et opportunes. »
 
Voici les axes majeurs du projet de revitalisation du quartier de la cathédral :

  • La création d’un lieu d’accueil touristique dont un espace de découverte des quartiers cathédraux en Europe, à proximité de la Cathédrale, dans l’ancien hôtel Dexia ;
  • L’aménagement du quadrilatère de la Cathédrale (accès et liaison) ;
  • La création d’un dépose-minute à l’angle du piétonnier et de la rue de la Wallonie ;
  • Dans le périmètre de la Cathédrale, le réaménagement du piétonnier de la Croix du Centre (rénovation des façades, mise en lumière, aménagement des espaces publics) ;
  • Le traitement global et harmonieux des espaces publics (voiries, trottoirs, places, mobilier urbain, éclairage…) dans le périmètre concerné ;
  • La valorisation du quai des Salines, entre le Pont de Fer et le Pont des Trous. (revêtement, mise en lumière, mobilier).